Prophéties

Avant de rejoindre R. en Sibérie, K. m’a expliqué que les Japonais prédisaient l’avenir en se postant à des carrefours ou sous des ponts. En écoutant les phrases anonymes qui s’y échangeaient aléatoirement.

Aujourd’hui, il fait une chaleur à crever. J’ai passé la journée sous le pont Chinois et j’ai noté tout ce que j’entendais.

« On est d’accord. »

« C’est ton dernier mot ? »

« Une vraie intelligence artificielle va créer du chaos pour mettre de l’humanité »

« L’îlot glabre de la fac de lettres »

« Flash est mort »

« Ne frappe pas à la porte ! »

« Lorsque les outils meurent, ça a des conséquences. »

« – Les rats étaient partis
– Passe moi la souris »

« A Pékin, on ne voit pas les étoiles.
Mais les dumplings étaient quand même vachement bons »

« Ballon After Canon
Culture du Grillon »

« C’est triste, j’avoue. »

«  Bourdons chelous. Ils buzzent. »

« Il y a quatre numéros. Mais du coup il ne m’a donné que trois numéros. »

« Je t’appelle de l’ombre »

« On est d’accord. »

« C’est ton dernier mot ? »

« Je germe donc je sais. »

A plus dans les prairies toujours vertes ! (Si on tient jusque-là.)

Skuld

Ragnarök, le jeu ?

Une source sûre au sein de Gudrun Media vient d’annoncer la mise en production prochaine d’un jeu basé sur la Ragnarök. Il vient nous faire croire que c’est un serious game pour se préparer au réchauffement climatique ????

Les demeurés.

Bon, si l’envie vous prend d’y jouer, je vous passe Urdr, elle s’est procuré une soluce.

Pas de bisous,

Skuld

Knipaellii 4

Je l’ai de nouveau entendu. Les filles pas. 

Un cri guttural et râpeux, qui résonne. J’ai tout juste eu le temps de déclencher le Tascam. Mais bizarrement, au lieu d’un grognement, ça donné ce truc :

On longe le grillage. Herbe piétinée. Piste scabreuse. Effluves de sapin pire que dans la salle de bains de ma grand-mère.

Je n’ai jamais entendu d’ours de ma vie.

Si ça tombe, c’en est un.

Il y en aurait 1553 en Finlande, d’après K. 

Message personnel : K., si tu lis ceci, raconte-nous un peu ce qui se passe en Sibérie ! T’as complètement disparu du forum !

Urdr commence à compter ses pas, c’est crispant.

Moi je tapote ma boussole comme si elle s’était bloquée façon film d’horreur.

Le mot de la fin, je le laisse à Verdandi : « C’est bon, détends-toi, on n’est pas dans The Thing ».

Knipaelli 3

On chauffe.

Peut-être.

Le sentier s’articule autour d’un long et sinueux grillage. Je ne sais pas si c’est le fait des bêtes ou des humains, toute cette terre piétinée. Cette langue glabre d’herbe. Ou peut-être y a-t-on versé du DDT ? C’était quoi, l’équivalent de cette merde, chez les Soviets ?

Si le Monument est bien abandonné depuis 1991, comme nous ont bavassé Svetlana et Nadejda, qui vient par ici ?

Des bêtes.

Verdandi a « trop hâte » de les voir. Moi pas, j’avoue. Ce matin, vers 2h00, j’ai entendu un cerf bramer. J’ai dit « C’est beau, le brâme du cerf ». Urdr m’a rappelé qu’on était au solstice et que par ailleurs elle n’avait rien entendu. 

V. non plus.

Ah well…

Cette « nuit », on bivouaque quand même collées au grillage.

Pourquoi personne n’a encore pensé à lyophiliser la bière ?

Knipaellii 2

Devant nous, des sapins, des sapins. Comme un dais palpitant sur la tente de campagne d’Attila. Oui, je l’imagine haute et kaki. Et Attila dedans gigantesque et en treillis. Je sais, Hélène Baudet, je sais. Je vous entends d’ici : syncrétisme, anachronisme…

C’EST LES SKALDES QUI ONT COMMENCÉ ! 

Je m’égare.

Pour de vrai.

On s’égare.

Deuxième journée de rando. Deuxième camp de base. Troisième café dégueu. Et toujours pas de Monument.

Je commence à me demander si les Russes n’ont pas complètement déliré.

Knipaellii 1

On est sur place à l’aube tôt.

Ou tard, c’est selon.

Lumière claire, franche et blanche comme un flash mal réglé de photo atmosphérisante.

Il fait 12 torrides degrés celsius.

Verdandi est énervante de dynamisme. 

Je ne sais plus à quand remonte ma dernière aube. 

Note to self : j’aime ça, le matin. Le droit d’être fatiguée et grognon.

Le Nord de la Finlande, c’est comme de la coke coupée aux amphètes.

Urdr débarrasse le van sans rien dire. Elle a tout mis dans des boîtes classées par tailles et par couleurs.

Je vous laisse deviner comment j’occupe mon temps. Les tentes se font toutes seules de nos jours, mais toujours pas le café.

Allez, à demain le pious.